Les conséquences du réchauffement climatique ont poussé les citoyens à agir à leur échelle. Si certains fabriquent leur propre compost, contrôlent leur consommation d’eau ou choisissent de prendre les transports en commun, d’autres s’assurent de vivre dans un habitat éco-responsable.

L’architecture est devenue un critère de mode de vie écologique. Vivre dans un logement respectueux de l’environnement, construire une maison avec des matériaux durables, tenir compte des ressources de son territoire… Pour Sébastien Fabiani, architecte et professeur à l’École nationale supérieure d’architecture de Grenoble (ENSAG, France), il est possible de agir à plusieurs niveaux pour vivre dans un lieu qualifié d’éco-responsable.

Pour le spécialiste, la notion d’habitat a changé après la guerre. Chacun possédait son propre pavillon, ce qui contribua à la « destruction du tissu urbain traditionnel », comme l’appelle Sébastien Fabiani. Pour lui, le village est synonyme de patrimoine partagé, de vie communautaire. Au fil du temps, les citoyens ont étendu leurs réseaux sur le territoire français pour être autonomes : « Chacun a désormais sa petite maison, et écologiquement c’est désastreux », estime l’architecte.

Prendre en compte l’écosystème de nos territoires

Prendre en compte l'écosystème de nos territoires

Dans les années 1970 est né le concept de biorégion, décrit par l’écologiste Peter Berg comme « une zone géographique définie par des caractéristiques naturelles, telles que les bassins versants, les reliefs, les sols, les qualités géologiques, les plantes et les animaux, le climat et le climat ». Ceci pourrez vous intéresser : Hérault : fin des maisons en bord de mer… les étudiants en architecture sautent le pas – Il….

Ce concept est essentiel pour Sébastien Fabiani, qui invite les utilisateurs qui souhaitent construire une maison à s’interroger sur les spécificités locales du territoire dans lequel ils vont vivre. Plutôt que d’importer des matériaux de l’étranger, la priorité est d’encourager l’utilisation de matériaux disponibles localement.

Repenser nos territoires, à l’échelle des régions, des départements, des villes, est un impératif pour l’architecte : « il faut étudier leurs écosystèmes, savoir de quelles ressources ils sont constitués, pour y vivre ». Parce que chaque territoire français possède un écosystème unique.

La région Auvergne-Rhône-Alpes (France), par exemple, est constituée de zones montagneuses. L’architecture traditionnelle est adaptée au climat montagnard et à la pente. « On trouve dans cette zone géographique de nombreuses constructions en pierre ou en pisé, c’est-à-dire des constructions en terre argileuse, car c’est un matériau dont nous disposons dans ces milieux », explique l’architecte grenoblois. La construction éco-responsable vise à trouver un équilibre entre la société humaine et le territoire qu’elle habite.

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Trois critères pour réduire son impact écologique

La construction éco-responsable est un tout et doit prendre en compte le territoire, l’écosystème et la mobilité. Vouloir habiter un lieu, c’est considérer la distance qui sépare la future habitation des lieux où l’on se déplace fréquemment. Voir l’article : Logement. Acheter un bien immobilier sur plan : de quels points faut-il se méfier ?. La construction éco-responsable dépend des trajets que nous empruntons au quotidien : où nous allons travailler, où nous faisons nos courses, où nous allons chercher nos enfants à l’école.

Le professeur d’architecture recommande alors de rénover ce qui existe déjà : « Il faut éviter de construire du neuf. Il faut plutôt transformer le bâtiment existant. L’impact de la construction neuve est multifactoriel. Quand on construit dans un champ, par exemple, il s’agit de créer une route et des réseaux : on participe à la destruction des terres agricoles françaises ».

L’utilisation de matériaux naturels et biodégradables dans les bâtiments, qui n’ont aucun impact sur leur fabrication, est le troisième conseil de Sébastien Fabiani. Au lieu d’utiliser du béton qui consomme beaucoup d’énergie, « nous devons utiliser les ressources naturelles locales dont nous disposons », ajoute-t-il.

En cela, les déchets agricoles sont un grand avantage. La France a chaque année des tas de paille dont elle ne peut pas se débarrasser : ce matériau est imputrescible. Grâce à divers procédés industriels, la paille peut être transformée en isolant. L’architecte français explique que cette conversion évite l’utilisation de bois, laine de roche ou laine de verre, qui vient de pays lointains : « la paille est un matériau renouvelable, qui a peu d’impact écologique, qui est sain et qui n’est pas riche en composés organiques volatils « . le fait est qu’en France certains matériaux manquent, privilégier les locaux n’est pas toujours facile.

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La filière du bois, grande problématique française

Après la guerre, l’industrie française du bois est déconstruite par les puissantes industries sidérurgiques et cimentières. Il perd de la vitesse et ne peut pas suivre ses concurrents. Parallèlement, les pays scandinaves développent le bois à une échelle industrielle beaucoup plus importante. Les prix sont bas : le bois de qualité, notamment le sapin, est principalement acheté dans les pays nordiques.

Aujourd’hui la France dispose d’une grande quantité de feuillus, mais la désorganisation de la filière bois ne permet pas leur utilisation en grand nombre dans la construction. Or, ce déficit est voué à changer, selon Sébastien Fabiani, car bientôt les résineux ne pousseront plus en dessous de 1000 mètres dans le pays : par conséquent, les feuillus devront remplacer les résineux.

« 80% des constructions en bois que l’on voit en France sont en bois venant de l’étranger : Allemagne, Autriche, Pologne, pays scandinaves… », observe l’architecte grenoblois. Mais, paradoxalement, faire venir du bois de l’étranger est « préférable » à la construction en béton, nuance Sébastien Fabiani, « car une tonne de béton correspond à 4 tonnes d’équivalent CO2 ».

Construire des lieux qualitatifs et durables

La qualité doit prévaloir sur la quantité, et cela se passe dans la construction d’habitats durables et peu polluants. « Pour consommer peu, la base est de construire un bâtiment bien isolé et bien orienté, avec de la lumière naturelle », explique le professeur d’architecture. A cela s’ajoutent des solutions permettant de produire de l’énergie à moindre coût écologique, comme l’installation de panneaux solaires.

La logique est aussi de construire des bâtiments capables d’être évolutifs, c’est-à-dire transformables sur des décennies, convertibles et pérennes dans le temps. Un bon exemple est celui de l’immeuble haussmannien, un type d’immeuble pouvant accueillir des logements, des bureaux ou des commerces.

Sébastien Fabiani souligne également le système de réutilisation : « nous avons de moins en moins de ressources naturelles. Il faut penser à des systèmes constructifs démontables qui, lors de leur démolition, permettent de récupérer le maximum de matériaux à réutiliser dans les nouvelles constructions ». Cette valorisation des matériaux est l’objectif de l’association Isère Ecomat38, qui affirme en 2021 avoir collecté 554 tonnes de matériaux de construction et en avoir revendu 258.

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