Entretien avec Jacques Aben, professeur émérite d’économie et de défense à l’université de Montpellier.

Carence, inflation : sommes-nous dans une économie de guerre ?

C’est beaucoup plus fin que ça. Une distinction doit être faite entre l’économie militaire et l’économie militaire. L’économie de guerre est un concept qui précise comment l’économie est gérée pour résoudre certains problèmes. Ils n’ont peut-être rien à voir avec la guerre, mais leurs conséquences sont similaires à celles de la guerre. L’économie militaire est une économie à forte modération des dépenses, qu’elles soient militaires ou non. Contrainte forte sur nos relations avec l’extérieur.

L’économie française est-elle en guerre ?

La réponse est oui. En particulier, y a-t-il des activités militaires affectant l’économie française ? Oui. Depuis 2015, l’armée française a recommencé à se relever. Entre 2015 et 2020, nous avons gagné 4 500 hommes de plus, sauf que nous en avons perdu 112 000 depuis 2000. Ainsi, il y a toujours un recul dans l’emploi militaire, si vous voulez, sous la forme de remilitarisation. Là on est en guerre dans l’économie, ou dont les activités sont plus orientées vers la défense. Il est préoccupé par les faits militaires. Nous avons entre 10 000 et 30 000 soldats en opérations opérationnelles. Il y en a 700 à Barkhanes, avec Chamaliga, plus les brides. Il y a des hostilités, il y a des gens qui se font tuer en Afrique. Il y a aussi des soldats à la frontière ukrainienne, mais qui ne sont pas en guerre. C’est une guerre.

Quel est le lien avec l’économie nationale ?

Le lien se dépense. Au milieu de la présidence néerlandaise, nous avons réalisé que nous avions atteint les os. Réduction des effectifs militaires et des capacités de défense. Parce que nous avions aussi des soucis d’équilibre budgétaire. Les militaires ont rassuré le président qu’ils étaient impuissants face aux missions qui leur étaient confiées. Depuis 2015, nous avons augmenté l’armée et les dépenses. Selon le Stockholm International Peace Research Institute, les dépenses en dollars seront supérieures de 14 % entre 2013 et 2021. Le dernier chiffre disponible de 2021 fait état d’un budget de 53,559 milliards d’euros. Vous n’augmenterez pas vos dépenses à moins que vous ne vous sentiez menacé ou impliqué dans la guerre.

La pression sur les prix est-elle une conséquence de cette économie déchirée par la guerre ?

C’est une forte contrainte externe dont j’ai parlé plus tôt. Que ce soit en temps de guerre ou non, les pressions sur les prix sont fortes. J’appelle cela l’inflation obsessionnelle. Cela est dû au fait que l’économie est bloquée, incapable de s’approvisionner. Ne pouvant s’approvisionner ou ne pouvant s’approvisionner qu’à des prix très élevés, comme c’est actuellement le cas pour l’énergie, elle cherche à gagner en autonomie. C’est ainsi que l’Union européenne parle de son autonomie stratégique. Il sait bien qu’il dépend de l’extérieur, qu’il n’a aucune marge de manœuvre. L’économie militaire est une économie qui tend à s’autonomiser pour ne pas être victime d’une inflation importée par des diktats extérieurs. Et donc nous essayons progressivement de produire sur le territoire du pays. C’est le discours du Président.

Quelle est la conséquence de la crise sanitaire ?

Quelle est la conséquence de la crise sanitaire ?

Forcément, la question se pose : la crise sanitaire a-t-elle créé une économie de guerre ? « Oui, à certains égards, répond Jacques Aben. Puisqu’on a dit qu’on allait changer notre dépendance à l’Inde, puis à la Chine, à la médecine. Ceci pourrez vous intéresser : « La BCE alimente des bêtises qui nuisent à notre économie réelle ». Ce qu’il faut produire si on veut conserver notre indépendance, et là je change le mot : il ne s’agit pas de plus d’autonomie que ce dont nous parlons, mais d’une indépendance de décision.

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