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Lutter contre la déforestation grâce à des smartphones recyclés

Lutter contre la déforestation grâce à des smartphones recyclés

Topher White : En 2011, je faisais de l’éco-tourisme à Borneo dans une ONG chargée de préserver les gibbons et leur habitat naturel en Indonésie. Un jour, au cours d’une visite dans une réserve, nous avons entendu des braconniers qui abattaient des arbres. J’ai alors pensé qu’il serait utile de mettre en place système de détection pour aider les membres de l’ONG à lutter contre ce phénomène. A Borneo, il y a peu d’infrastructure, pas d’électricité, mais il y a des réseaux téléphoniques ! J’ai donc eu l’idée d’utiliser des smartphones recyclés pour détecter les abattages illégaux grâce au son qu’ils produisent. A l’origine je voulais seulement aider un ami, mais je me suis vite rendu compte que cette technologie pourrait servir à beaucoup d’autres ! De retour en Californie, j’ai décidé de fonder une start-up, Rainforest Connection. Jusqu’à présent, il n’existait pas de système de collecte de données en temps réel pour surveiller la forêt tropicale. Certes, il y a des satellites et des drones qui parcourent certaines zones, mais les images récoltées manquent de précision. Ce n’est qu’au bout de quelques mois que l’on constate qu’une zone a été déboisée. Un système de détection en temps réel était le seul moyen de prendre les braconniers sur le fait. Et quand l’image a ses limites, le son est beaucoup plus fiable ! Le dispositif est constitué de smartphones, auxquels j’ai intégré des microphones très puissants capables de capter les sons environnants. Une fois placés sous la canopée de l’arbre (la partie supérieure de l’arbre), les téléphones peuvent détecter le son des tronçonneuses à 1 km à la ronde !

Comment parvenez-vous à alimenter ce dispositif en énergie ?

L’autonomie du dispositif était une question centrale. Le panneau solaire était une solution, mais dans un milieu naturel très ombragé, la lumière n’aurait pas été suffisante. Nous avons donc développé une technologie solaire avec un partenaire local qui ne nécessite que quelques rayons de lumière pour fonctionner. Ces panneaux solaires uniques sont eux-même constitués de matériaux recyclés.

Comment les sons de la forêt sont-ils analysés ?

Nous avons d’abord collecté les sons spécifiques lorsqu’il il y a un abattage : les tronçonneuses, les motos, les camions etc… Le téléphone compare ensuite la fréquence de ces archives sonores aux sons détectés sur place, grâce à un logiciel intégré. Il les transmet à un système dans le Cloud qui complète l’analyse. S’il s’avère qu’un abattage est détecté, le téléphone envoie automatiquement une alerte aux autorités locales grâce à des textos ou des messages push. Actuellement nous nous trouvons au Brésil, et nous mettons en place un système d’appel direct afin que les gardes-forestiers ne manquent aucune alerte !

Êtes-vous capable de détecter d’autres types de data qui puissent protéger la forêt ?

En effet ! À terme, notre projet est de répertorier tous les sons naturels de la forêt afin de les analyser. Selon nous, l’abattage affecte la biodiversité dans son ensemble, ce qui n’est pas immédiatement mesurable. En documentant l’empreinte sonore de la forêt et de sa faune (singes, oiseaux, insectes etc…) nous voulons rendre compte des changements causés par l’action humaine sur la biodiversité. Nous voulons ainsi attirer l’attention du public sur la nécessité de préserver cet équilibre naturel. Après l’Indonésie et le Cameroun, l’Amazonie est un nouveau challenge pour nous. Depuis peu, nous travaillons avec un peuple autochtone, les Tembé, qui vivent sur un territoire de 6 000 km2 dans l’Etat brésilien du Pará. Depuis de nombreuses années, les Tembé tentent de protéger leur territoire du déboisement forcené à l’aide de patrouilles organisées. Mais c’est une bataille perdue pour eux. Les villages du Nord et du Sud s’étendent vers l’intérieur des terres, et le gouvernement ne leur apporte aucune assistance. Nous allons donc tenter de les aider en balisant les zones les plus sensibles de détecteurs.

Dans chaque pays, nos partenaires locaux sont différents. Notre technologie est évolutive et accessible à tous en open source. Lire aussi : Petits prodiges d’aujourd’hui, grands innovateurs de demain. À terme, nous voulons permettre au plus grand nombre de construire ce dispositif afin de préserver les forêts du monde entier !

Plus d’informations sur rfcx.org et sur la page Kickstarter dédiée.

Par Miléna Salci
Crédits Photos : Rainforest Connection (CC by SA-2.0)

voir le reportage diffusé dans Futuremag

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