Pour atteindre leurs objectifs, les sportifs mobilisent aujourd’hui largement les nouvelles technologies : tracking vidéo et optique, GPS, robots, etc. Une tendance qui n’est pas réservée qu’aux athlètes de haut niveau : la généralisation des smartphones et la miniaturisation des capteurs dont ils sont dotés permettent aussi aux sportifs amateurs de s’auto-mesurer. Mais l’activité physique se définit-elle aujourd’hui simplement par les données ? Les nouveaux outils connectés marquent-ils la fin des entraîneurs ou sont-ils leurs nouveaux meilleurs alliés ?

Pour Patrick Roult, adjoint DGA Performance Sportive à l’INSEP, les entraînements des joueurs ne peuvent désormais plus se réaliser sans ces informations chiffrées :

« Dans notre organisation, l’utilisation des données est un moyen très pratique d’évaluer les performances. On utilise beaucoup de moyens numériques pour suivre les évolutions des joueurs. S’il faut se rappeler que la performance ne se résume pas à des chiffres, les données issues des objets connectés la rendent intelligible. »

Un constat que partage Sarah Daninthe, escrimeuse, médaillée olympique et championne du monde par équipe en 2005 et 2008, pour qui l’usage des données lors des entraînements permet de faire la différence lors des compétitions :

« En tant que sportive de haut-niveau, l’utilisation d’objets connectés est désormais courante. Les informations qu’ils enregistrent sont même nécessaires pour ramener des médailles olympiques. Je me mesure quotidiennement, comme de nombreux autres sportifs, et je fais aussi attention à l’accès à ces données lorsqu’une compétition approche. Je ne veux pas partager les performances avec n’importe qui ».

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Mais cette pratique est-elle si nouvelle ? Selon Pierre Guyot, co-auteur de Quantified Self, les apprentis sorciers du « moi connecté », la mesure chaque accomplissement sportif date de plusieurs siècles, voire même des premiers Jeux olympiques, mais la tendance s’intensifie avec la démocratisation des capteurs :

« Les données sont mobilisées depuis très longtemps dans le sport. Les médias commentent d’ailleurs les résultats en commençant par les chiffres : le nombre de passes décisives réalisées par un footballeur, la puissance développée par un cycliste pendant une ascension, la force d’appui fournie par un rugbyman pendant une mêlée… Ils permettent d’être de plus en plus précis. Ces données possèdent aussi un rôle social fort : les sportifs partagent des ambitions communes et se comparent à partir de ça. »

Et Sarah Daninthe d’ajouter :

« Les mesures nous permettent de nous fixer des objectifs entre chaque compétition. Attention néanmoins à ne pas standardiser la pratique du sport et finir par ne plus prendre aucun plaisir. Nous ne sommes pas exclusivement des managers de données. »

Performances, données… et talent ?

La championne, qui avoue utiliser très régulièrement l’application de running RunKeeper, mobilise également beaucoup le tracking vidéo, « un bon moyen de suivre la moindre des touches » explique-t-elle. Ceci pourrez vous intéresser : Paiement sans contact – Entretien avec Laurence Allard. Et plus récemment, c’est sur les capteurs de la start-up française MacLloyd que son intérêt s’est porté. Emmanuel de la Tour, son co-fondateur, en explique le mécanisme :

« Il s’agit d’une brassière équipée de nombreux capteurs. Elle mesure l’activité cardiaque mais aussi l’équilibre par exemple, ce qui est très utile pour anticiper des blessures. Si l’on voit qu’un joueur a un problème, il est possible de l’arrêter avant qu’il ne se blesse. »

Selon le jeune homme, qui équipe aujourd’hui une quinzaine de grands clubs de football et de rugby, en France et à l’étranger, ce type d’outils change le profil des sportifs membres des grandes équipes :

« Il y a 20 ans dans le rugby par exemple, il fallait être costaud, fort et musclé pour réussir, explique-t-il. Désormais, les entraînements sont individualisés grâce aux données et un sportif ayant un gabarit différent peut réussir s’il parvient à réaliser chaque geste parfaitement. »

Une affirmation que Patrick Roult nuance malgré tout :

Arrivés un certain niveau, les sportifs peuvent être nombreux à se valoir « dans les données », mais certains se démarqueront davantage et nous ne pouvons pas l’expliquer. Regardez Cristiano Ronaldo ou encore Lionel Messi, même avec des objets connectés, il est impossible de déterminer ce qu’ils ont en plus, pourtant, ils sont plus forts que les autres. »

De quoi replacer l’humain au coeur de la performance derrière les tableaux de bord de données…

Par Camille Gicquel
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