Publié le 20 octobre 2022 22:25 Mis à jour le 21 octobre 2022 12:11

Lumières tamisées, musique lounge, camaïeu de gris, le tout dans un espace immense et ordonné… malgré l’affluence au départ du Mondial de l’Auto, difficile de passer à côté du stand Hopium, qui se présente comme le « premier producteur français de haute ». véhicules à hydrogène ».

Au centre de la scène, l’intérêt principal : « Machina vision », la première berline de l’entreprise. Autour du public intrigué et répondant aux questions un certain Jean-Baptiste Djebbari, ancien délégué du ministre des transports du précédent quinquennat de Macron, et actuellement président du directoire de la marque.

Berline sportive à hydrogène vert

« Cette berline verte à hydrogène a une autonomie de 1 000 km, 500 chevaux et peut accélérer de 0 à 100 km/h en 5 secondes. Tout cela avec zéro émission de carbone et un réservoir plein en 3 minutes, comme une voiture à essence », explique l’intéressé. Qu’en est-il du prix du véhicule ? « 120 000 euros. C’est certes cher, mais c’est la première étape. Comme l’hydrogène vert doit être développé dans divers secteurs, pas seulement l’automobile, nous sommes sûrs que les coûts de production seront réduits au fil du temps. Avec d’autres modèles plus disponibles à l’avenir. »

L’entreprise, fondée en octobre 2019 par Olivier Lombard, voit son avenir en grande pompe. « Nous visons 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2030 et nous espérons produire jusqu’à 8 000 véhicules par an d’ici là. Ils sortiront de notre future usine en Normandie. Voir l’article : Voiture électrique : Le gouvernement étoffe le bonus écologique et assouplit les conditions. L’idée est de produire le plus possible en France et d’utiliser l’axe Seine entre Le Havre et Paris pour livrer des véhicules », explique l’ancien pilote des 24 Heures du Mans.

Hopium peut déjà compter sur un soutien financier de 95 millions d’euros, dont 70 proviennent de LDA Capital et Atlas Capital, deux fonds basés aux Etats-Unis, l’un des marchés cibles avec l’Europe et l’Asie. Pour l’instant, une équipe de 160 salariés d’Hopium travaille sur les premières livraisons de berlines prévues pour 2025, et la prévente est déjà ouverte.

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Un constructeur franco-marocain

Prenez votre place sur le marché du futur et complétez les véhicules électriques alimentés par des batteries a priori. C’est aussi une stratégie adoptée par NamX, un constructeur franco-marocain co-fondé en 2017 par l’ancien directeur commercial de Volkswagen Faouzi Annajah et le designer Thomas de Lussac. Ceci pourrez vous intéresser : Alpin. Les modèles thermiques de l’hydrogène envisagés ?. Sur leur stand, ils présentent « The NamX HUV », un SUV à hydrogène vert avec une autonomie déclarée de 800 km. Pour y parvenir, le constructeur a développé un système de charge mobile appelé « CapXtores », qui est connecté au réservoir H2 classique.

L’idée : pallier le problème du manque actuel de stations hydrogène et permettre à l’utilisateur de rouler en continu le maximum de temps. Question centrale de l’usage pour la plupart des futurs clients. Chargées dans un certain type de distributeur, les capsules sont insérées manuellement à l’arrière du véhicule.

« La station hydrogène coûte entre 3 et 10 millions d’euros, il faudra donc du temps pour la mettre en place. C’est pourquoi nous avons répondu à ce problème avec ce système, qui est 50 fois moins cher et plus facile à installer », explique Faouzi Annajah.

La prévente du SUV NamX sera disponible en 2025, à un prix compris entre 65 000 et 95 000 euros, selon les versions, 350 ou 550 chevaux. Côté financement, le fondateur compte lever 700 millions d’euros avec une première annonce d’ici la fin de l’année. Objectif 2030 : atteindre pas moins de 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

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Les utilitaires, premier marché de l’hydrogène automobile

Si Hopium et NamX sont les points d’ancrage du salon de l’automobile à hydrogène, rappelons que les véhicules professionnels (camions, camionnettes, bus, etc.) seront sans aucun doute les véritables bénéficiaires de cette énergie zéro émission.

« Avec des réservoirs plus grands et une utilisation plus intensive, dans un contexte de réduction des émissions de CO2, les véhicules utilitaires sont numéro un sur le marché de l’hydrogène automobile », a déclaré David Holderbach, PDG d’Hyvia, une joint-venture entre Renault et American Plug power, née en juin. 2021.

Le secteur automobile bénéficiera de l’hydrogène vert, mais ne sera pas son premier client

Il lui présente le « Renault Master Van H2-TECH », le premier véhicule utilitaire de série combinant électricité et hydrogène. Caractéristiques affichées : autonomie 400 km, vitesse de pointe 90 km/h, 6,4 kg d’hydrogène, au prix de 100 000 euros. Le fourgon, annoncé pour 2023, sera produit dans trois usines en France.

« L’expertise de Plug en matière de bornes de recharge est l’une des clés de nos outils H2. Les entreprises de messagerie et de logistique ciblées pourront faire le plein en 3 minutes dans leurs entrepôts. C’est un énorme gain de temps par rapport à la recharge électrique, déclare le PDG d’Hyvia, qui vise à atteindre une part de marché de 30 % d’ici 2030.

Le problème des stations

Construire ses propres stations hydrogène, c’est la stratégie de Hype, qui a commencé à opérer à Paris en 2015 à l’occasion de la COP 21. L’entreprise intervient sur tous les fronts : production d’hydrogène vert via des partenariats industriels, usage, 200 taxis H2 et distribution, avec 7 stations à achèvement 2022 / début 2023 et 26 en 2024.

L’entreprise travaille avec Hydrogen Refueling Solutions, McPhy, Air Liquide, ses partenaires stratégiques, pour produire et stocker du carburant vert. Trois entreprises sont également présentes sur le salon, outre Symbio et Plastic Omnium, créateurs, entre autres, de piles à hydrogène.

« Nous voulons être le premier réseau à taille adéquate pour distribuer de l’hydrogène vert en France. L’idée est de permettre aux professionnels de la mobilité comme les taxis, mais aussi les logisticiens du dernier kilomètre, les camions et les services publics de passer au zéro émission sans attendre, précise Matthieu Gardies, PDG et fondateur d’Hyped.

Incertitudes…

Empêche. Avec seulement 61 stations-service en France délivrant des carburants prometteurs, la filière automobile à hydrogène a encore un long chemin à parcourir pour son véritable essor. Stéphane Siebert, directeur de la recherche technologique au CEA, partage son analyse : « Il s’agit essentiellement de décarboner l’industrie comme premier moteur de l’hydrogène vert. Le secteur automobile bénéficiera de cette transition, mais ne sera pas son premier client. Cependant, force est de constater que les véhicules H2 ont leurs avantages, notamment la faible teneur en terre rare requise, qui pose un gros problème à leurs concurrents électriques.

Le soutien financier de l’État à ce nouveau secteur industriel est donc un bon indicateur de son potentiel. Dernier investissement à signaler : 2,1 milliards pour soutenir la création de plus d’une dizaine de « gigafactory », production d’électrolyseurs, de réservoirs à hydrogène, de piles à combustible, trois technologies clés pour cette énergie décarbonée.

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