Le coup d’envoi des plans sociaux de ce nouveau quinquennat a été lancé mi-mai par Vallourec. Le fabricant français de tubes sans soudure a annoncé la suppression de 320 emplois en France. Sera-ce le premier d’une longue série ? L’horizon économique n’a cessé de s’assombrir depuis plusieurs mois. La guerre en Ukraine, l’inflation persistante et les taux d’intérêt qui couvent ont nui aux perspectives de nombreuses entreprises. Si une grande majorité d’entre eux ont des reins suffisamment solides pour supporter cette mauvaise passe, le choc sera sans doute sévère pour les plus fragiles… Et surtout pour les “zombies”. Aujourd’hui, tapie dans l’ombre, la « zombification » dont parlent beaucoup les économistes, mais difficilement détectable, peut enfin se faire jour.

Derrière cette expression ne se cache pas un film de George Romero, le père des films d’horreur, mais des entreprises endettées ni très productives ni très rentables, mais artificiellement maintenues en vie, alors qu’elles ne devraient pas l’être. Une anomalie économique. “En temps normal, s’il n’y a pas de rentabilité, la destruction créatrice fonctionne : elles disparaissent et laissent la place à d’autres”, décortique Bruno De Moura Fernandes, responsable de la recherche macroéconomique à la Coface. Si ce phénomène de queue permet de maintenir des emplois, il a des conséquences négatives sur la queue : ces entreprises monopolisent des capacités financières utilisables par des entreprises plus productives et innovantes, et qui seront donc plus profitables à la croissance.

Selon certains économistes, cette épidémie s’est propagée ces dernières années grâce à un contexte extrêmement favorable à la propagation : des taux d’intérêt bas qui ont permis d’emprunter à moindre coût, même pour des entreprises non viables, qui survivent grâce à cela. Mais d’autres raisons peuvent aussi favoriser la « zombification » comme l’efficacité des procédures de défaut, de liquidation et de restructuration de dettes, ou les difficultés avec le système bancaire. “C’est ce qu’on a observé au Japon après l’éclatement des bulles immobilières et boursières : pour éviter les pertes, les banques ont continué à prêter aux entreprises non rentables”, explique Hélène Baudchon, économiste zone euro chez BNP Paribas et co-auteur d’une note sur le sujet. .

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Entre 1 et 16 % de zombies

Entre 1 et 16 % de zombies

Malgré une définition assez intuitive, il est encore difficile de quantifier et de caractériser les entreprises en question. Selon les études, l’éventail des entreprises découvertes comme “zombies” est vraiment extrêmement large. L’OCDE pointe à seulement 2% en France. Ceci pourrez vous intéresser : Economie française : perception d’une croissance et d’une inflation faibles. Selon la Banque de France, leur part s’élève à 7,5 % et les petites entreprises sont plus nombreuses. Coface les estime à près de 5 %. Tout comme France Stratégie, mais qui souligne qu’il y aurait plus de “zombies” au sein des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Enfin, pour la Banque des règlements internationaux, dont la sélection porte sur les sociétés cotées, la France cache 16 % de sociétés zombies ! Problème : il n’existe pas de critères universels pour les caractériser. Chaque étude a sa propre méthodologie, qui peut changer radicalement les résultats…

Reste à savoir si les aides étatiques massives, déversées dans toute la structure économique pour la soutenir pendant la pandémie, ont mis en lumière le phénomène de zombification en laissant survivre certaines entreprises qui auraient dû fermer leurs portes. Pendant la pandémie, le nombre d’erreurs a en fait chuté. “Cela a permis à certains boxeurs de survivre en évitant une réflexion sur leur modèle financier : mais s’ils n’étaient pas efficaces avant, ils ne le seraient probablement pas après”, estime Éric Foucault, de Prosphères, spécialiste des opérations de redressement d’entreprises. “Il nous manque encore un peu de recul pour pouvoir dire s’il y a eu une ‘zombification’ pendant la crise du Covid”, tempère Hélène Baudchon. “Selon une étude menée par le ministère des Finances, ce n’est pas le cas. nombre d’entreprises dites “fragiles” l’an dernier, un concept plus large que les entreprises zombies.

Quel que soit le nombre de “zombies”, il leur sera sans doute plus difficile de rester en vie dans les mois à venir. En fait, tous les professionnels sont unanimes : Pour toutes les entreprises fragiles, la vapeur d’incendie à venir semble compliquée à gérer. D’abord parce que la croissance faible, la croissance des prix et des taux, mais aussi les difficultés d’approvisionnement, risquent de les peser encore plus. Mais aussi parce que “les créanciers commencent à se durcir et le procès Urssaf va reprendre”, pointe Virginie Verfaillie, fondatrice du cabinet d’avocats d’affaires Valoren. “Elles ont encore un peu d’oxygène pour certaines d’entre elles, d’autres ont déjà alimenté les statistiques d’insolvabilité qui augmentent depuis quelques mois, mais on retrouvera sans doute la majorité de ces entreprises zombies dans les chiffres d’insolvabilité à court terme. Ou moyen terme” , juge Jean-Pascal Beauchamp, Deloitte, directeur financier chez Deloitte, qui enflamme un peu plus le climat social.

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