Le site industriel pilote de Symbio, à Vénissieux, qui assure la production de piles à combustible à hydrogène, aussi appelées stackpacks. @Symbio

Le constructeur de pile à hydrogène qui peuvent alimenter les moteurs des voitures électriques, accélère la cadence. Il annonce cette semaine ses objectifs : en 2030 produire 200 000 piles par an et fournir à Stellantis jusqu’à 10 000 véhicules à l’hydrogène par an, grâce à une nouvelle usine à Saint-Fons.

Il s’agit d’une étape importante pour la filière française de l’hydrogène, qui prend place en partie au sud de Lyon. Pour mémoire, Symbio est une entreprise de Vénissieux qui produit des piles à hydrogène pour véhicules utilitaires. Parmi ses actionnaires : Michelin et Faurecia. Sur le même sujet : Voiture électrique : ventes importantes au premier trimestre 2022 en Chine. Lors de la conférence de presse tenue cette semaine, ETI n’a pas caché ses ambitions internationales, avec un investissement de 140 millions d’euros dans une nouvelle usine à Saint-Fons d’ici 2023 et la création de 1.000 nouveaux emplois. Acteurs institutionnels et constructeurs ont réaffirmé leurs ambitions, dont Stellantis, sixième groupe automobile mondial.

Des soutiens politiques et économiques

En effet, le projet d’équipement Symbio « a été notifié par le gouvernement français à la Commission européenne pour approbation définitive ». Autrement dit, l’Etat accompagne l’entreprise lyonnaise dans sa demande de subventions européennes. Par ailleurs, l’Etat a déjà annoncé vouloir financer la filière hydrogène à hauteur de 7 milliards d’euros d’ici 2030. A ce titre, la Région AURA et la Métropole de Lyon ont toutes deux participé à la mise en place de la pépite sud. Voir l’article : Voiture électrique : Le gouvernement étoffe le bonus écologique et assouplit les conditions. Lyon, soit par un soutien financier et administratif, soit par une politique foncière. Enfin, le partenariat avec Stellantis (PSA et Fiat Chrysler réunis), sixième groupe automobile mondial, lance véritablement Symbio dans une autre dimension, faisant de l’entreprise un acteur du secteur.

Une nouvelle usine à Saint-Fons

La nouvelle usine de Saint-Fons ouvrira en 2023. Baptisée la « Gigafactory SymphonHy », 50 000 piles à hydrogène devraient sortir de l’usine à son ouverture. D’ici 2030, l’objectif serait de porter la production à 200 000 piles à combustible à hydrogène en ouvrant une deuxième usine. A l’intérieur de l’usine, encore en construction, devraient également se trouver un centre de recherche et développement, ainsi qu’une académie et un « incubateur de start-up travaillant sur l’hydrogène décarboné ». D’une superficie de 40 000 m², le bâtiment de Saint-Fons devrait être neutre en carbone en n’utilisant que des énergies renouvelables, dont l’hydrogène vert.

Un partenariat avec la CNR

Sur ce dernier point, Symbio annonce également un partenariat avec la Compagnie du Rhône (CNR) qui produira de l’hydrogène vert à partir du barrage de Pierre-Bénite à partir de 2025. Production directement reliée à l’usine de Saint-Fons par un réseau de canalisations. De quoi alimenter l’usine en énergie et ne pas émettre d’émissions de CO2. Un projet tripartite, dont le fournisseur Engie est l’un des acteurs.

Des limites structurelles encore importantes

Cependant, le chemin sera long pour parvenir à de tels résultats. La simple question du coût de cette technologie est encore taboue… et gardée secrète. « La réduction du coût de notre produit est le principal défi des prochaines années. Il faudrait encore diviser par 10 », décrypte Christophe Schramm, responsable de la stratégie chez Symbio en 2021 dans les colonnes de Lyon Capital. Par ailleurs, le besoin en bornes de recharge hydrogène est énorme : aujourd’hui moins de 200 bornes réseautent le territoire français. Bien que les investissements européens, nationaux et même locaux augmentent d’année en année, il reste encore beaucoup à faire avant de voir des voitures familiales rouler à l’hydrogène. Tendance positive en revanche en région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a remporté l’appel à projets européen pour développer la filière de production d’hydrogène – la « Vallée zéro émission » – et construire 20 bornes de recharge pour véhicules automobiles.

Les classifications de l’hydrogène

« L’hydrogène est unique car il permet une approche globale pour tous les niveaux d’acteurs, y compris les géants de l’énergie », assure Christophe Schramm, exprimant la dépendance de Symbio aux politiques publiques. En d’autres termes, Symbio parie sur le développement exponentiel de la filière européenne de production, transformation et distribution d’hydrogène. Cependant, à une limite près, l’hydrogène vert ne représente actuellement que 5 % de la production mondiale. 95% de la production provient d’hydrocarbures qui polluent le climat. Pendant ce temps, la Chine développe une technologie similaire dans le secteur public et les États-Unis n’ont pas l’intention de l’ignorer. « Tout se décide avant 2025 », convient-on chez Symbio.

La couleur symbolique de l’hydrogène dépend des moyens de production, qu’ils soient polluants ou non. Aujourd’hui, seul l’hydrogène vert est considéré comme un polluant. Explications.

L’hydrogène blanc (neutre) est naturellement présent. Essentiellement existant sous forme gazeuse (H2), c’est l’élément le plus abondant dans l’univers, en particulier dans l’eau.

L’hydrogène vert (+++) est produit par électrolyse de l’eau, en utilisant uniquement des énergies renouvelables telles que le vent ou le soleil. Une bonne solution pour pallier l’intermittence de ces sources d’énergie, par exemple lorsqu’il n’y a pas de vent ou de soleil par exemple. Seuls 5 % de la production mondiale proviennent de cette source, car le coût de production est deux à trois fois supérieur à celui de l’hydrogène gris. L’enjeu pour l’Europe dans les années à venir est de réduire ce coût de production d’énergie, notamment pour les véhicules à pile à combustible qui n’émettent pas de CO2.

L’hydrogène gris (— —) est fabriqué par des procédés thermochimiques utilisant des sources fossiles (charbon ou gaz naturel) comme matières premières. 95% de la production mondiale d’hydrogène provient des hydrocarbures. Lorsqu’il provient de cette source, il est considéré comme polluant.

L’hydrogène bleu (-) est fabriqué de la même manière que l’hydrogène gris, sauf que le CO2 émis lors de la fabrication sera capté pour être réutilisé ou stocké. Ce CO2 peut être utilisé notamment pour la gazéification des boissons.

L’hydrogène jaune (+), plus spécifique à la France, est fabriqué par électrolyse, comme l’hydrogène vert, mais l’électricité provient principalement du nucléaire.

(Sources : IFP Energies nouvelles et CEA)

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