Michael Goreman, rédacteur en chef d’Engadget, s’excuse en introduction : « nous étions censés faire voler des drones dans cette salle mais pour des raisons d’assurance nous ne pourrons malheureusement pas ». La question juridique ainsi annoncée le débat est ouvert. Pour y répondre, un panel composé de cinq spécialistes : –       Chris ANDERSON, CEO de 3D Robotics –       Tony CAREMAN, CMO et co-fondateur d’Aerial Mob –       Henri SEYDOUX, CEO de Parrot –       Thomas WILCZEK, Représentant de l’Industrie –       Jim WILLIAMS, Manager, Unmanned Aircraft System Integration Office de la FAA (Federal Aviation Administration) Les drones sont bel et bien les vedettes de ce CES 2015. Leur espace d’exposition sur le salon a progressé de 25 % par rapport à l’année dernière faisant d’eux la catégorie en plus forte croissance. Les unmanned aerial vehicles (UAV), plus couramment connus sous le nom de drones, ont d’abord été utilisés dans le domaine militaire. Ils se sont peu à peu démocratisés, notamment auprès des communautés de « makers » très familières du monde des réseaux et du numérique. Jim Williams, spécialiste du juridique, nous apprend que la FAA (Federal Aviation Administration) qu’il représente vient tout juste de lancer une campagne de sensibilisation à l’attention des détenteurs de drones : « Know before you flight ». Cette campagne a pour but d’initier les détenteurs de drones novices aux bonnes pratiques. La FAA a également récemment signé un accord avec le fabricant de drones DJI pour aider à promouvoir des comportements responsables. « Des milliers de drones ont été déposés sous le sapin à Noël dernier » souligne Chris Anderson, « autant de personnes à informer et sensibiliser avant qu’ils ne les fassent voler ». Pour cette raison, le programme initié par la FAA se présente sous la forme d’instructions sur smartphone, qui agit comme une véritable “télécommande” pour le drone. Tony Careman, cofondateur d’Aerial mob une startup spécialisée dans le film par drones, est aussi de cet avis. D’ailleurs, son entreprise travaille en étroite collaboration avec la FAA, sur un projet d’application. Henri Seydoux, CEO de la très internationale entreprise française Parrot, prend la parole : « le drone grand public est conçu pour des gens qui n’ont aucune idée de ce que sont les UAV. Par essence, ils ne sont donc pas dangereux ». Thomas Wilczek, représentant de l’industrie du drone aux Etats-Unis, présente la parole officielle : « Je voudrais d’abord insister sur une chose : le gouvernement est bien sûr en faveur des drones. A la fois pour les professionnels de l’espace aérien, mais aussi pour l’usage dans un cadre privé et de loisirs. C’est très positif pour l’industrie, tous ces consommateurs et toutes les applications qu’ils imaginent. Et je suis certain que tout comme le gouvernement est en faveur des drones, les fabricants sont en faveur de la régulation ». Sujet évidemment soulevé lors de cette conférence la protection de la vie privée. « Nous sommes vraiment très libertariens à ce sujet » ouvre Careman. Les acteurs de l’économie numérique sont nombreux à partager cette pensée. Anderson rajoute que l’industrie a toujours été plus vite que la régulation et qu’il est donc normal qu’il existe de zones de vide juridique pour le moment. Mais justement, où s’arrête la vie privée dans l’espace aérien ? En réalité, Henri Seydoux pense que c’est un sujet très compliqué. Dans le domaine de l’agriculture par exemple, l’usage d’un drone peut être considéré à la fois comme une pratique personnelle et professionnelle. Pour le droit, cela implique de créer de nouveaux statuts, entre l’usage privé ou à but commercial.  Cette idée nous ramène à des débats que l’on retrouve dans d’autres secteurs bousculés par la révolution numérique : avec des solutions comme Airbnb ou Uber, nous devenons d’une certaine façon hôteliers ou chauffeurs de taxis et d’un point de vue légal, rien n’est encore tout à fait clair. Aujourd’hui pour les drones, les lois qui s’appliquent sont les mêmes que celle de l’ensemble de l’espace aérien. Sur le plan purement technologique, les professionnels du secteur pensent d’abord aux nouveaux produits qu’ils vont pouvoir concevoir avant de prendre en compte le cadre légal dans lequel l’innovation intervient. Pour Wilczek, cette façon de faire est difficile à appliquer aux métiers de l’aérien. Le secteur est très régulé car il est très complexe et la pensée entrepreneuriale ne peut pas fonctionner dans un tel environnement. « Ce sont deux visions du monde qui se confrontent et en tant que fabricants, vous devez accepter que l’on soit dans un environnement régulé. » Les règles du jeu sont posées, les fabricants résisteront-ils à leur instinct d’innovateurs ? Pas si sûr…