« Demain… le logement ?

Depuis des années, nous menons en France une politique du logement inefficace et improductive. L’objectif principal, sans aucun doute, est bien sûr de fournir à chacun de nous un chez-soi. A voir aussi : Logement et pouvoir d’achat : gel des loyers au menu du futur gouvernement. La politique choisie est toujours la même : il faut construire massivement. Vous voyez que les réponses apportées depuis des années ont échoué : nous construisons de plus en plus vite, car la seule direction nous a menés à une impasse.

Nous nous sommes progressivement éloignés de la fonction première d’un appartement : créer un lieu d’intimité pour chacun de nous et participer à la production de nos villes. Pour répondre à nos objectifs, le recul manque aujourd’hui, car quand on construit 300 000 maisons en un an, 100 000 se vident en France en même temps ! Parce que vivre n’est pas qu’une question de chiffres. C’est une question de vie.

La période que nous traversons nous fait penser différemment. Les besoins et les aspirations des Français font face à trois défis du siècle : le réchauffement climatique qui maintient nos villes étouffantes, la biodiversité qui nous oblige à moins nous répandre dans les campagnes, et la raréfaction des ressources qui nous oblige à remettre en question nos modes de construction traditionnels. depuis 50 ans.

La ville que nous avons comprise depuis 50 ans n’a pas attendu pour nous montrer ses limites : addiction à la voiture, pollution, manque de nature… Gilets jaunes, pandémie, manque de pétrole, canicule : aujourd’hui chacun de nous mesure l’importance de changer notre vision des façons d’habiter la terre.

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Nos modèles sont tous à revoir drastiquement

Avec tous ces éléments en tête, force est de constater que fabriquer nos sièges est une gymnastique de plus en plus complexe. Nous n’avons pas d’autre choix que d’abandonner. Voir l’article : La Soclova lance la construction de sa résidence « 8ème Art » à Beaucouzé. Mais c’est une bonne nouvelle : abandonner peut aussi signifier retrouver une forme de liberté dans la construction de nos espaces de vie. Sortir de la forme de la normalisation et des modèles pour se remémorer l’usage, la qualité spatiale, le lieu.

Favorisez la proximité, pas la promiscuité

Aujourd’hui, on oppose encore un lotissement unifamilial à des logements collectifs, sans regarder la multitude de formes architecturales qui peuvent être mises en œuvre de diverses manières. Par conséquent, tous nos modèles doivent être soumis à une évaluation drastique. Nous devons faire autrement. On parle encore de densité, mais ça se mesure et de qualité. Elle doit favoriser la proximité, pas la promiscuité. Mais ça tombe bien : des solutions existent. Aujourd’hui nous savons que des pistes sont possibles, appuyons-nous sur ces exemples architecturaux réussis pour construire notre politique du logement de demain.

Si l’on suppose aujourd’hui qu’il faut sortir le logement de la simple équation économique dans laquelle il est clos, il faut favoriser l’ouverture à diverses formes de coopération et de promotion sociale, en limitant le nombre de personnes impliquées dans la création d’activités privées afin de limiter le coût du transport à 10% du prix de l’appartement . Il n’y a pas vraiment « d’appartement du futur ». Adieu les chimères de l’an 2000 ! Au lieu de cela, nous devons nous pencher sur « l’avenir du logement ».

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Les architectes doivent pouvoir proposer des typologies variées

D’abord, cet avenir sera nécessairement constitué d’une grande partie des logements existants que nous devons transformer. Un beau challenge pour tous ! Nos modèles de production doivent donc de plus en plus intégrer la réhabilitation. Rénover, transformer, réparer massivement la ville existante. L’avenir de la ville est ici. Nous avons tous la responsabilité de « reconsidérer » autant que possible la réduction de démolition existante, ou de faire ce que nous appelons la « soustraction positive »: dégager un espace qui n’existe pas. Partir de l’existant, c’est aussi créer de nouveaux espaces, récupérer des logements vacants, reconfigurer des logements obsolètes, améliorer le confort d’été comme d’hiver.

Le temps du fordisme est révolu

Deuxièmement, rappelons-nous que nous sommes tous différents : nos maisons doivent être au pluriel. Le temps du fordisme est révolu. Les architectes doivent pouvoir proposer différentes typologies, différentes formes architecturales, pour toutes les applications et tous les moments de la vie. Pour cela, il faudrait par exemple proposer des études de proximité qui ouvrent des pistes qualitatives et définissent le principe d’intérêt général pour tous avant chaque opération : voies de bonne intégration urbaine et prise en compte du contexte territorial.

Ensuite, laissez la place qui lui revient à une conception architecturale qui demande beaucoup de matière grise. Ne sous-estimons plus cette phase importante ! Il existe de nombreuses manières dans la vie d’envisager les enjeux écologiques et le progrès social. C’est d’abord et avant tout le contraire de la standardisation qui freine la mutation écologique. Tous ces types de construction de logements nous permettront de garder certains de nos quartiers mono-fonctionnels et d’améliorer le parcours de logement – le cycle de vie – de chacun d’entre nous. Couple retraité, étudiant et famille mixte… chacun a des besoins différents. Par exemple, la France comptera 30% de seniors en 2070 (contre 25% aujourd’hui). Cette évolution nécessite une forte adaptation des appartements et des villes. Elle devra se concentrer sur l’offre de ce qu’il y a de mieux à nos aînés au cœur de la ville.

Privilégier l’architecture « court-circuit »

Troisièmement, l’Ordre des architectes appelle à plus de bon sens dans l’acte de construire. Ne construisez pas n’importe où, sur les terres agricoles, dans les grands lits des rivières ou dans les futures zones d’immersion en mer… Là aussi, il faut apprendre à « épargner » le territoire, pas à l’aménager. Privilégier une architecture en « circuit court » basée sur les ressources locales : les maisons peuvent être construites ou rénovées en tenant compte des spécificités de chaque territoire. Pour construire quelque chose de nouveau, il faut être exemplaire et aller au-delà des simples équations économiques. Des mécanismes simples pourraient être mis en place pour construire des logements de meilleure qualité.

Ainsi, par exemple, il serait possible de systématiser les éco-conditions des aides publiques, tant pour la construction neuve que pour la rénovation, en fonction de critères de qualité (matériaux utilisés, environnementaux, utilitaires, urbains). Nous devons aussi multiplier nos expériences. Innovations sociales, constructives et typologiques. L’Ordre a fortement soutenu AMI « engagé pour la qualité de l’habitat » et nous espérons que ce programme étatique portera ses fruits et permettra aux acteurs d’évoluer.

La ville « cousue main » est la ville de demain

Enfin, regardons ce que font les pionniers en matière d’innovation depuis des années. Nous savons comment faire. Donnons-nous les moyens : remettons le désir de revivre au centre des politiques publiques. Comme des logements sociaux participatifs au Havre et à Bordeaux, avec des coûts de départ rémunérateurs et offrant une qualité d’habitat impressionnante : espaces communs, espaces extérieurs supplémentaires, loggias, coursives éclairées qui deviennent des lieux habités, espaces communs qui ne se réduisent pas au minimum. Comme ces architectes qui créent des logements de qualité sur la structure du parking du silo, ou comme ces élus qui ont décidé de ne pas démolir une maison de campagne et de construire quatre locaux sociaux de caractère à l’intérieur. La ville « fait main » est la ville du futur.

Si cela fonctionne, si nous travaillons dans ce sens, la politique du logement renforcera la cohésion sociale. Avoir un vrai jardin au cœur de l’îlot, entièrement « conçu » par les futurs utilisateurs, deviendra la norme et donnera envie de vivre en ville. Il participera donc à la « qualité » qu’il faut rechercher dans l’architecture : présence de balcons, plus grande accessibilité, plus de lumière, transformations de l’espace pour qu’ils deviennent des espaces non pas de passage, mais de sociabilité. Cette « architecture partagée » ouvre aussi des réflexions plus profondes sur « l’urbanisme du temps ». Plus de cohérence. Et les appartements demain ?