Le 15 juin, la Réserve fédérale américaine a annoncé une hausse de son taux directeur de 0,75 point, la plus forte hausse depuis 1994. Certains estiment que cette décision arrive trop tard, que le nouveau taux cible est encore trop bas (1,5 %). 1,75 %), et que la Fed a déjà perdu la course à l’inflation. D’autres, au contraire, jugent l’augmentation disproportionnée et craignent qu’elle ne provoque une récession qui pourrait encore être évitée. Pour éclairer cette discussion, il faut essayer de comprendre le raisonnement de Jerome Powell.

Le président de la Fed sait que la croissance actuelle des prix est due en partie à des facteurs sur lesquels son taux directeur n’a aucun contrôle, comme la hausse des prix de l’énergie et des matières premières. Ce dernier a bondi après des chocs externes, indépendants de l’économie américaine, comme l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Alors pourquoi augmenter les taux américains et ainsi pénaliser l’économie domestique ?

L’économie américaine à la croisée des chemins

L'économie américaine à la croisée des chemins

Premièrement, le niveau très élevé de l’inflation, qui s’établissait à 8,6 % outre-Atlantique en mai, s’explique non seulement par des ruptures d’approvisionnement mais aussi par une demande artificiellement élevée. En mars 2021, le plan de relance de 1 900 milliards de dollars de Joe Biden a augmenté le pouvoir d’achat des ménages et leur a permis de constituer des réserves qui, un an plus tard, continuent de doper leurs dépenses. En renforçant l’économie nationale, le plan de Biden a également contribué à ramener le taux de chômage à un niveau historiquement bas et a permis aux Américains de négocier des augmentations de salaire, contribuant à la hausse des prix et de la demande. Voir l’article : « La BCE alimente des bêtises qui nuisent à notre économie réelle ». En revanche, une hausse du taux de la Fed à la mi-juin a entraîné une hausse du coût des emprunts et une diminution des actifs boursiers. Les ménages qui ont envisagé d’emprunter pour acheter un appartement sont ainsi incités à retarder l’achat, tandis que ceux qui ont perdu de l’argent en bourse doivent ralentir leur train de vie. La hausse des taux d’intérêt devrait donc ralentir la consommation et l’investissement et donc freiner l’inflation.

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Mais l’essentiel est ailleurs. Outre les effets quelque peu mécaniques des prix et de la richesse, la hausse des taux vise un objectif plus important et insaisissable : les anticipations. Powell sait que l’économie américaine est à la croisée des chemins. Jusqu’à récemment, les Américains estimaient que l’inflation tomberait à environ 3 % d’ici cinq ans. Tant qu’ils fondaient leurs décisions sur de telles anticipations, il y avait lieu d’espérer que l’inflation disparaîtrait d’elle-même. Mais une étude de l’Université du Michigan, publiée quelques jours avant l’annonce de la Fed, a révélé que les anticipations d’inflation à moyen terme augmentent désormais également, ce qui rend plus probable la persistance de l’inflation et sa propagation à tous les secteurs de l’économie. Nous savons que les entreprises augmentent davantage leurs prix si elles s’attendent à ce que leurs concurrents fassent de même. De même, les syndicats exigent des augmentations de salaire plus importantes s’ils pensent que les prix continueront d’augmenter. À leur tour, les hausses de salaires tendent à stimuler la croissance des prix. Bref, la croyance généralisée que les prix vont augmenter peut contribuer à cette hausse et conduire à une spirale inflationniste entre prix et salaires.

Pour éviter ce scénario, la Fed doit rassurer sur le fait que l’inflation reste temporaire. Powell et d’autres « gouverneurs » de la banque centrale américaine communiquent constamment sur la situation et leurs intentions futures, afin de faciliter la coordination de l’économie américaine et de trouver le juste équilibre. Mais le taux directeur reste l’instrument le plus puissant à leur disposition. En augmentant comme ils venaient de le faire, ils voulaient signaler de manière crédible qu’ils feraient tout ce qu’il fallait pour lutter contre l’inflation.

Cela suffira-t-il à modifier les attentes des ménages et des entreprises ? Personne ne le sait, car notre compréhension des mécanismes qui affectent notre comportement reste imparfaite. On imagine parfois les présidents des banques centrales comme des techniciens qui surveillent leurs performances, réduisant la pression ici, serrant la vis là, pour s’assurer que l’économie tourne sans surchauffe. En réalité, l’existence d’anticipations auto-réalisatrices et d’équilibres multiples rend leur tâche plus proche de la navigation stellaire.

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