Après des études en économie à l’Université de Chicago et à la London School of Economics, Brian Fabian Crain a suivi des études en sciences cognitives à l’University College London.

Cet économiste et chef d’entreprise berlinois est le fondateur d’Epicenter Bitcoin, leader européen de Bitcoin Podcast. Il est également l’organisateur du Bitcoin Startups Berlin Meetup, le plus grand meeting Bitcoin outre-Rhin.

FUTUREMAG : Bitcoin existe depuis 5 ans et compte aujourd’hui environ un million d’utilisateurs de par le monde. Pourquoi vous êtes-vous raccroché à ce mouvement ?

Crain: Je suis économiste de formation, et quand j’ai entendu parler de Bitcoin, j’ai tout de suite été fasciné. Une monnaie décentralisée qui ne serait contrôlée ni par une banque ni par un pays est une idée intéressante en soi. En plus, Bitcoin est une avancée considérable sur le plan technologique. Il n’est possible avec aucun autre système de transférer de l’argent en quelques secondes, à l’échelle mondiale et quasiment sans frais. Cela ouvre un grand nombre de nouvelles possibilités.

C’est très intéressant d’être partie prenante à cette évolution, mais c’est aussi, bien évidemment, une formidable opportunité. Qui n’aurait pas aimé être un de ces pionniers qui ont créé les premières entreprises Internet dans les années 1990 ?

Vous avez créé votre entreprise Bitcoin… Pouvez-vous nous expliquer brièvement comment fonctionne cette monnaie ?

Il faut d’abord prendre conscience du fait que Bitcoin repose sur une invention technologique fondamentale. L’idée de lancer des monnaies numériques de manière décentralisée était dans l’air depuis quelque temps déjà, mais avec Bitcoin, c’est la première fois qu’un réseau parvient à un consensus sans que les différents intervenants au sein de ce réseau soient obligés de se faire confiance. Ça a l’air très abstrait comme ça, mais concrètement, cela signifie que vous pouvez savoir QUI détient COMBIEN de bitcoins.

Pour comprendre ensuite le principe des transactions Bitcoin, il faut savoir ce que sont les « clés privées » et les « clés publiques ». En gros, la clé publique est une adresse, elle fonctionne un peu comme un numéro de compte bancaire sur lequel un utilisateur possède un certain nombre de bitcoins, tandis que la clé privée est comme les données d’accès au compte par le biais desquelles il est possible de transférer un avoir sur un autre compte. Ensuite, on a le réseau qui tient une sorte de comptabilité décentralisée des avoirs, ce qui permet de consulter les avoirs de toutes les clés publiques.

Aucune instance centralisée ne contrôle Bitcoin. Peut-on faire confiance à un système aussi peu tangible ?

Il est vrai que l’absence de confiance est encore un problème. En voici les raisons : d’une part, Bitcoin est un système encore jeune et il est totalement différent de ce qui existait jusqu’ici. Quand quelque chose d’aussi important que l’argent est en jeu, les gens font généralement preuve de conservatisme et de prudence, ce qui est compréhensible. En outre, quelques vols de Bitcoins se sont déjà produits sur des sites web.

Plusieurs facteurs pourraient aider à générer la confiance. D’une part, de grandes sociétés comme Dell, Expedia ou PayPal acceptent de plus en plus les bitcoins comme moyen de paiement. Il faut aussi que les applications Bitcoin deviennent plus conviviales et plus sûres. Alors, elles seront utilisées non seulement par des fans de technologie mais aussi par Monsieur Tout-le-monde qui n’aura plus rien à craindre et ne sera pas obligé de se plonger dans un manuel d’utilisation

Comment une monnaie virtuelle peut-elle créer de la valeur et à terme, être acceptée par les marchés financiers ?

Bitcoin créera de la valeur en améliorant l’existant et en rendant possible plusieurs choses qui ne le sont pas encore à ce jour. Prenons le paiement par carte de crédit, c’est un exemple parlant. Les banques facturent une commission d’environ 3 % aux commerçants qui la répercutent évidemment sur les consommateurs. Avec Bitcoin, ces frais sont quasiment nuls. Cela fait une différence énorme.

Deuxième exemple : les transferts d’argent. Chaque année, des travailleurs immigrés envoient environ 500 milliards de dollars à leurs familles restées au pays. En moyenne, leurs frais de transfert s’élèvent à 9 %, soit environ un tiers de l’aide au développement à l’échelle mondiale. Si ces virements devenaient quasiment gratuits, cela aiderait beaucoup de familles et de pays pauvres.

Troisième exemple : l’accès aux services financiers dans les pays en voie de développement. Nous assistons actuellement à une explosion du nombre de personnes qui disposent certes d’un accès Internet et d’un smartphone, mais qui n’ont ni compte en banque ni carte de crédit. Ces gens-là ne sont pas rentables pour les banques. Alors que Bitcoin, qui est un système ouvert, les accueillera.

Si Bitcoin peut investir ces champs, il sera, à terme, automatiquement accepté par les circuits financiers.

Propos reccueillis par Lara Charmeil