Battu aux dernières élections législatives, l’ancien député du Gard (LREM) Anthony Cellier a récemment cédé sa place à la tête du Conseil supérieur de l’énergie. Mais celui qui fut le rapporteur du projet Energie-Climat reste l’un des meilleurs experts de la Macronie sur les questions énergétiques. Face aux difficultés d’approvisionnement qui se profilent, il appelle à la « mobilisation de tous », et décrit quelques mesures susceptibles de générer des volumes d’économies « importants »…

Pour Anthony Cellier, « le contexte géopolitique n’est que le révélateur et l’accélérateur de changements absolument indispensables ».

L’Express : La reprise des expéditions de gaz russe a écarté pour un temps le spectre d’une coupure totale des approvisionnements, qui a plongé l’Europe dans une crise énergétique majeure. Mais la menace reste bien réelle et il faut se préparer à un hiver très, très compliqué. Certains de nos voisins ont commencé à prendre des mesures d’économie d’énergie, citons les dispositifs de rationnement. Ce n’est pas non plus le cas en France. Ne sommes-nous pas en retard inquiétant ?

Anthony Cellier : Je ne parlerais pas de retard… Concernant notre approvisionnement en gaz, au printemps un arrêté a été pris pour nous permettre d’accélérer le remplissage de notre entrepôt, ce qui montre bien que les tensions actuelles arrivent. c’était prévu. Le gouvernement a également pris un certain nombre d’engagements pour réduire notre consommation d’énergie, en commençant par la sphère publique : tous les services de l’Etat, toutes les administrations sont désormais incités à faire des efforts en ce sens. Du matériel, ce n’est rien ! Ensuite, il faudra convaincre les entreprises d’en faire autant, et de ce point de vue, le plan de sobriété énergétique annoncé il y a quelques jours par les acteurs de la distribution va évidemment dans le bon sens.

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Enfin, si la situation l’exige, des efforts peuvent être demandés à tous nos concitoyens. Mais il faut essayer de le voir de manière positive : la sobriété énergétique est une bonne chose. Dans tous les cas, nous devons passer par là pour changer notre rapport à l’énergie, et nous libérer de notre dépendance aux énergies fossiles. C’est impératif face à l’urgence environnementale et climatique. La guerre en Ukraine nous oblige à prendre ce virage plus rapidement que nous ne l’imaginions. Mais le contexte géopolitique n’est, au fond, que l’indicateur et l’accélérateur de changements absolument indispensables.

Ce discours commence à être bien compris par la population. Mais cela ne répond pas vraiment à la question : pour « passer » l’hiver, faut-il déjà imaginer des mesures contraignantes et coercitives qui auraient pour effet de réduire significativement notre consommation d’énergie ? Et si oui, pourquoi ne pas les mettre en place immédiatement, puisque chacun sait que la fin d’année sera à haut risque ?

Tout est une question de timing. Pensez qu’aujourd’hui, alors que le pays sort d’une canicule de dix jours, que certains Français sont en vacances et pensent surtout à se détendre, un discours d’avertissement sur les risques de coupures d’électricité ou de baisse de chauffage pendant l’hiver a de la chance porter? Je ne pense pas. En revanche, il faut être prêt, faire ce travail pédagogique dès la rentrée, et de fait préparer les mesures à mettre en place dès la rentrée pour nous permettre de passer les pics de consommation sans trop de clashs, de éviter de passer l’hiver à scruter le temps… Il sera temps, alors, d’imposer des mesures plus contraignantes. Mais le cadre existe déjà : il ne s’agit que de mettre en pratique les mesures prévues par la loi, qui ne sont pas forcément respectées : je pense par exemple à l’extinction des enseignes lumineuses, à l’extinction des bureaux après les heures de travail … Il suffit de se promener la nuit dans n’importe quel quartier d’affaires, à La Défense ou ailleurs, pour mesurer la marge de progression possible. Ces sources d’économies d’énergie sont très importantes.

Dans le même esprit, la définition d’un cadre plus strict pour régler la climatisation et éviter le gaspillage d’énergie est un autre levier efficace. Tout cela relève du bon sens : il y a un effort général à faire dans l’intérêt général. Et l’intérêt général est que nous puissions continuer à bénéficier de l’énergie disponible comme nous en bénéficions depuis quarante ans. Cela suppose une prise de conscience et une mobilisation de tous, au niveau des administrations, des entreprises, mais aussi au niveau individuel.

Concrètement, dans le registre des gestes quotidiens, ou des mesures de bon sens, quelles autres voies aimeriez-vous voir découvertes par l’exécutif ?

A mon avis, toutes les mesures inhérentes à ce qu’on appelle la « répartition des charges diffuses » sont un champ de perspective très intéressant, pour les particuliers et les TPE en particulier. Ce sont plutôt des réponses à moyen terme, pas faciles à mettre en place dès l’hiver prochain, mais qui iront sans doute dans le bon sens. En clair, ce sont des dispositifs qui incitent les gens – en payant – à baisser temporairement leur consommation d’énergie pour faire face aux pics de consommation. Pensez à tout ce qui peut être débranché pendant une heure ou deux sans perturber votre quotidien. Cela peut être votre chauffe-eau, votre congélateur, votre chauffage bien sûr… Nous avons tous, dans nos maisons, de nombreux appareils qui sont probablement à l’arrêt, ou réglés différemment, et en période de haute tension comme celle qui arrive, l’est. peut faire une différence parce qu’il libérerait d’importants volumes d’énergie à l’échelle du pays. Aujourd’hui, la technologie nous permet ce contrôle fin, gage d’efficacité et de sobriété énergétique.

Autre voie prometteuse : le développement du VtoG « vehicle to grids », profitant du nombre croissant de véhicules électriques en circulation. Une fois connectés au réseau, ces véhicules représentent une capacité de stockage assez phénoménale, et deviennent un levier à part entière de notre politique énergétique, qui pourra fonctionner en fonction de nos besoins. Vous voyez, en étant imaginatif, efficace, et sans forcément fouetter l’autre collectif en accusant les autres d’envoyer trop d’e-mails ou d’utiliser trop Internet, on peut avoir des volumes partout.

Vous avez parlé de mesures qui concernent la sphère publique. De quelles marges disposent les collectivités locales pour réduire encore leur consommation d’énergie ?

Je crois qu’on peut se féliciter d’une mesure mise en place dans le cadre du plan France Relance, pendant la pandémie, et sur laquelle j’ai beaucoup travaillé avec Bruno Le Maire : une aide financière qui facilite la rénovation énergétique des bâtiments publics. Ce dispositif a beaucoup fonctionné, notamment dans les petites communes rurales, où les communes voient leurs factures énergétiques exploser depuis des années car leurs écoles, leurs salles polyvalentes en béton sont des passoires thermiques, sont équipées de chaudières au fioul très intensives en carbone, et les remplissent. dont il est de plus en plus cher. L’électorat confronté à ces problèmes est bien conscient qu’il est indispensable de se mettre au travail, mais jusqu’à présent il n’avait pas la capacité d’investissement nécessaire. C’est exactement le type de projets que nous ciblons, libérant des allocations spécifiques. Une mesure de ce type coche toutes les cases : elle permet d’économiser de l’énergie, contribue à décarboner les installations et assure un service public en améliorant la qualité des services. Dans le cadre du prochain projet de financement, il serait bon que ce système soit étendu.

On parle beaucoup aujourd’hui d’une taxe sur les superprofits des groupes énergétiques. Au-delà de cette piste budgétaire, quelle action attendez-vous de ces acteurs, comment vous mettez-vous au travail, au service de « l’intérêt général », comme vous dites ?

Je rappelle pour commencer qu’un certain nombre d’acteurs ont déjà été appelés, puisque les contrats conclus avec les producteurs d’énergies renouvelables prévoient un versement à l’Etat lorsque les prix de gros dépassent les tarifs garantis. Cela représente un revenu d’environ 8,6 milliards d’euros cette année. La question est plus aiguë pour les entreprises énergétiques « basées sur le carbone » qui réalisent actuellement des bénéfices importants. A mon avis, le levier le plus incitatif et le plus rapide à opérer, probablement aussi le plus efficace, serait une augmentation des coefficients d’obligation des certificats d’économies d’énergie (C2E). Cet appareil mérite d’exister. Il a été créé il y a plus de quinze ans. Pour faire simple : à certaines périodes, les fournisseurs d’énergie (les obligés) sont tenus de faire les travaux et d’aider leurs clients à faire de même, pour économiser l’énergie et atténuer leur impact sur l’environnement. C2E fournit des preuves d’économies. S’ils ne respectent pas les objectifs, les prestataires en question sont pénalisés financièrement. Plutôt que de se lancer dans des discussions interminables sur la fiscalité de tel ou tel acteur, mettons-nous au travail pour augmenter leur volume d’obligations ! Vous avez un effet immédiat en termes d’efficacité, et offrez à plus de personnes la possibilité de réaliser des travaux de rénovation énergétique.

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